Quand une élève de Terminale parle de Ruy Blas…

Léna Gahagnon, élève en Terminale S au Lycée Saint-Paul à Angoulême, nous fait partager ses impressions sur Ruy Blas. Merci à elle !

 

Jeudi 10 Octobre 2019, au théâtre d’Angoulême

Ruy Blas

Mise en scène d’Yves Beaunesne, d’après l’oeuvre de Victor Hugo

Le jeudi 10 octobre 2019, nous avons pu assister à la fidèle, mais néanmoins surprenante, interprétation de Ruy Blas. Décors, choix de mise en scène et autres ajouts touchant d’autres formes artistiques, j’ai personnellement retiré un très bon souvenir de ce spectacle haut en couleurs ! Mais alors que pouvons nous retenir de cette adaptation de l’oeuvre de Victor Hugo ?

12 Ruy Blas YBeaunesne copyrightGuyDelahayePremièrement, j’ai noté que le jeu sensible, voire mélodramatique de Noémie Gantier et François Deblock (jouant respectivement les rôles de la reine d’Espagne et de Ruy Blas) permettait une communication de l’intériorité des personnages très claire, et cette expression marquée des sentiments fait d’ailleurs écho au romantisme hugolien. Néanmoins, j’ai trouvé que le surjeu des émotions pouvait parfois enlever de la vraisemblance à certaines scènes. Pour évoquer le conflit intérieur perpétuel de la reine entre responsabilités de haut rang et choix du coeur, le metteur en scène crée ici un personnage névrosé dont le personnalité semble presque se dédoubler, ce qui, je trouve, ôte un peu de sérieux et de crédibilité au protagoniste. 

Dans un second temps, le jeu farcesque de Jean-Christophe Quenon, interprète de Don3 Ruy Blas YBeaunesne copyrightGuyDelahaye César, ajoutait un coté burlesque à la pièce grâce auquel nous retrouvons mélange du « grotesque et du sublime » caractéristique du théâtre de Hugo. Bien qu’on puisse trouver, d’une certaine manière, un côté cabotin chez ce personnage comique, je trouve qu’il permet au spectateur de s’aérer l’esprit au sein de l’ambiance tragique qui régit la pièce. J’ai trouvé également judicieux le choix du comédien, tant dans sa corpulence que sa voix forte qui se prêtaient très bien à la personnalité du marquis espagnol.

Le soin apporté au choix des costumes fait partie intégrante du charme de la pièce ; les personnages ont en effet hérité de tenues hautes en couleurs et en raffinement. Mais outre la visée esthétique attribuée aux vestes, manteaux et autres robes, les habits des comédiens participent également d’une fonction métaphorique.

Ruy Blas©Jean-Danier Vuillermoz5Ainsi, le conseil des ministres se transforme en véritable réunion animale avec des comédiens vêtus de robe d’hermines, symbole fort de royauté, reflétant ici l’usurpation du pouvoir royal. Les personnages portaient également des masques de bêtes. On peut y voir un clin d’oeil au philosophe Hobbes qui déclara que « L’Homme est un loup pour l’Homme », ou plus simplement une illustration de l’ambition personnelle et de l’égoïsme primitif habitant ces hommes de pouvoir. Leur bestialité est d’ailleurs soulignée par Ruy Blas lui même lorsqu’il déclare satiriquement « Bon appétit messieurs ! », exclamation résonnant comme un écho à la critique politique de Hugo sur le pouvoir en place. 

A l’inverse, on trouve au tout début de la représentation un Ruy Blas en tenue contemporaine parfaitement anachronique, dont la simplicité reflète l’insignifiance du protagoniste qui semble se fondre dans la peau d’un ‘monsieur tout le monde’. Il n’est en effet au commencement de la pièce qu’un simple valet, qui va plus tard être projeté dans le monde des puissants. 

Contrairement à la richesse et au raffinement des costumes, le décor est nu et se limite à un carré de planches amovibles. On a alors une impression que le palais, qu’on s’imagine luxueux et grandiose, devient une prison pour les personnages. Ce choix de mise en scène va ainsi de pair avec l’impression de mal-être renvoyée par les protagonistes (la reine étant la plus représentative, femme désespérée enfermée dans ses obligations comme elle l’est dans son palais). 

Aussi, avec la mise en abyme constante permise par ce décor aux coulisses apparentes, nous assistons à du « Théâtre dans le théâtre ».  Le choix de montrer les rouages et autres mécanismes habituellement occultés s’inscrit alors, plus que dans la volonté de dessiller le spectateur de l’illusion théâtrale, comme un élément de renfort pour expliciter la machination machiavélique de Don Salluste. C’est d’ailleurs ce complot qui mènera Ruy Blas à sa perte, échec qui revêt encore une fois un motif propre à l’imaginaire de Hugo: le marginal, broyé par le pouvoir. 

Ainsi, la mise en scène est marquée par de nombreuses ruptures du quatrième mur aussi bien dans cette transparence déconcertante du décor qu’à travers le déplacement des comédiens, qu’on retrouve plus d’une fois à jouer au beau milieu du public. 

Comment parler de cette mise en scène sans évoquer les intermèdes musicaux ponctuant le spectacle ? Véritables pauses dans l’action, ils permettent non seulement au spectateur de savourer un moment musical reposant, mais également de souligner artistiquement, et à bon escient, les émotions ressenties par les personnages. J’ai trouvé cette expression moins conventionnelle tout à fait intéressante et judicieuse : on est réellement invités à vibrer au rythme de la tonalité de la pièce. 

6 Ruy Blas YBeaunesne copyrightGuyDelahayeFinalement, si je devais vous faire part de mon ressenti personnel sur la pièce, je dirais que j’ai trouvé cette représentation riche métaphoriquement et très représentative du style de Victor Hugo, dont on retrouve quelques grandes caractéristiques. J’ai particulièrement aimé la musicalité ainsi que la grande diversité du vocabulaire qui participent, selon moi, au charme des œuvres du Hugo. Le jeu des comédiens (Don César en particulier) participait de manière efficace à mon adhésion en tant que spectatrice contemporaine à cette pièce écrite il y a plus d’un siècle, et dont les références culturelles à l’Histoire espagnole peuvent parfois échapper au spectateur. J’ajouterais peut-être un petit bémol concernant le personnage de la reine que j’ai trouvé un peu trop excentrique dans le surjeu des sentiments, mais j’ai globalement trouvé cette pièce d’une grande qualité artistique !

A lire aussi sur ce spectacle : vu-du-balcon-ruy-blas

 

Photos ©Guy Delahaye

Croquis costumes ©Jean-Daniel Vuillermoz

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