Vu du balcon… « Le Prince travesti »

Le Théâtre d’Angoulême vient d’accueillir la création du Prince travesti d’Yves Beaunesne. Le directeur de la Comédie Poitou-Charentes-Centre Dramatique National* signe un nouveau spectacle époustouflant, fort et rythmé, qui met en valeur toutes les facettes de la comédie de Marivaux.

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Sous l’identité mystérieuse de Lélio, le Prince de Léon parcourt le monde pour connaître le cœur des hommes. Il s’illustre à la tête de l’armée puis des affaires de la cour d’Aragon et devient ainsi en quelques mois un auxiliaire précieux et l’élu du cœur de la Princesse. Mais les ambitions personnelles, les destins politiques et les rivalités amoureuses se mêlent et enchaînent le sort de Lélio, d’Hortense, parente et confidente de la Princesse, et de sa puissante rivale, dans un imbroglio d’intérêts de cœur et de pouvoir. La pièce de Marivaux, pointe les manipulations de cour où espérances personnelles et destin collectif se superposent, autant qu’elles annoncent le monde moderne de l’argent.

Yves Beaunesne transpose cette comédie dans l’Italie des années 50. Le spectateur plonge dans un palazzo, dessiné par Damien Caille-Perret, dominé par un escalier majestueux. Un piano à queue est jonché de photos, un siège et deux canapés en cuir recueillent les confidences, sous un lustre aux pendeloques de cristal. La moquette aux motifs usés par le temps dit la succession des règnes. Au lointain, un rideau de tulle reprend les dorures d’un portique, derrière lequel glisse la vie du palais. C’est dans cette salle de cour, sous une lumière poudrée, créée par Joël Hourbeigt, que tout se joue. Et tout est juste, c’est un spectacle d’orfèvres : les coiffures et maquillages de Kuno Schlegelmich, qui signe cette année aussi les masques deLa Conférence des Oiseaux (mise en scène de Guy Pierre Couleau), les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, déjà salué par un César et un Molière. Le cadre, comme l’esthétique, disent bien l’essoufflement d’un monde qui construit déjà sur ses ruines. C’est aussi ce que répète la différence d’âge entre le jeune groupe des protagonistes, avides d’amour et d’une liberté nouvelle, et le visage de patriarche de Jean-Claude Drouot, ministre vieillissant d’un pouvoir suranné.

 

Arlequin lisetteThomas Condemine est Arlequin. Son jeu est virevoltant ! Si juste, que le valet, sur qui repose toutes les respirations comiques, emporte la salle dans un rire renouvelé à chaque apparition ! L’inventivité de la mise en scène, la direction précise d’Yves Beaunesne, sont parfaitement réussies puisqu’elles s’effacent dans le jeu d’acteur. On ne peut d’ailleurs que saluer, Lisette, Johanna Bonnet, qui apporte une dynamique incroyable au duo des valets. Le spectacle ménage bien sûr la part des héros. Nicolas Aviné (vu la saison passée dans Un mois à la campagnemis en scène par Françon), Prince travesti, maîtrise avec brio les différentes tonalités du texte : discours amoureux et discours politique, ironie et mots d’esprits, en valorisant la grandeur d’âme du futur monarque. C’est ce sentiment commun, qu’un roi est un homme sage, plus méritant qu’un autre homme puisqu’omnipotent, qui se ressent aussi dans la présence de Pierre Ostoya-Magnin, autre prince travesti. Marie Sylf, la Princesse, semble sortie d’un film en noir et blanc et avoir enjambé le bord de scène pour rentrer chez elle, dans ce palazzoitalien. Son talent, de jeu et de chanteuse, se déploie avec grâce et supplante la dignité pourtant présente dans son interprétation. C’est sur un autre plan, nettement valorisé par un texte exigent, que la comédienne Elsa Guedj incarne une jeune femme tiraillée entre raison et passion. La jeunesse de la comédienne est exploitée ici pour développer le caractère impulsif d’Hortense, justement perdue dans ses choix malaisés.Prince travesti final

 

Mais ce qui marque les spectateurs, c’est la musique de Camille Rocailleux. L’Italie, les années 50. On croit écouter un standard, un velours déjà connu. Comme souvent chez Yves Beaunesne, la musique découpe et rythme le spectacle. On se souvient de la justesse de cette collaboration Beaunesne – Rocailleux en 2016 pour Le Cid.Le compositeur réussit ici à créer des chansons qui appartiennent à ce palais, à cette culture qui nous semble vaguement familière. Chacun joue d’un instrument ou chante autour de Valentin Lambert, multi-instrumentiste. La troupe du Prince travestimultiplie les talents !

Yves Beaunesne nous ouvre les portes d’un palais italien où la langue de Marivaux sonne comme un conte moderne !

                                                                     Bénédicte Forgeron Chiavini

Photos : ©Guy Delahaye

 

 

* Pour en savoir plus sur La Comédie Poitou-Charentes :

Site internet :http://www.comedie-pc.fr

Facebook : @Comédie Poitou-Charentes

 

Pour aller plus loin sur le spectacle et découvrir les dates de tournée :

http://www.comedie-pc.fr/le-prince-travesti

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