Vu du balcon… « Un Mois à la campagne »

Un mois à la campagne

Ivan Tourguéniev – Alain Françon

un_mois..©michel corbou006On attendait impatiemment cette nouvelle mise en scène d’Alain Françon, metteur en scène déjà récompensé par quatre Molières et deux Grands prix du Syndicat de la critique depuis les années 90. Même si le public connaît peu le théâtre de Tourguéniev, on a dans l’oreille le flux de conscience du modèle russe, l’action qui progresse en tressant les dialogues et monologues des personnages, comme chez Tchékhov. Pourtant, Tourgueniev est dans notre répertoire depuis bien longtemps et la pièce a été écrite en partie à Paris. Françon rend hommage à un vrai francophile et choisit pour cela de confier l’adaptation et la traduction à Michel Vinaver.

Alors ce théâtre, de quoi parle t-il ? De quelques jours à la campagne, vécus par une famille de noblesse russe des années 1840, des amours qui éclosent et se fanent, laissant désillusions et amertume. La mise en scène de Françon favorise les confidences dans un décor à la fois ouvert : le jardin, toile peinte d’éclats de couleurs comme une prairie printanière, la jeunesse ; et clos : la maison en métal et bois, dure, la maturité guindée. Il s’agit de confronter une vision double de la femme russe, l’une expliquant l’autre.

Natalia, admirablement interprétée par Anouck Grinberg, est une femme dominatrice, qui exerce sa finesse comme une chatte se fait les griffes au risque de se blesser la patte. Le phrasé particulier de l’actrice accentue le velours du personnage. Véra, India Hair, est la jeune fille innocente, encore libre, forte, proche de la nature, apte à discerner le vrai du faux. La comédienne est juste dans cette pureté révoltée. Oui, on retrouve l’âme romantique du XIXème siècle : la jeunesse dans la nature vraie, la maturité lâche et fourbe, pervertie par la frustration. C’est donc en écrasant l’une – Véra – qu’on forme l’autre – Natalia. Tourguéniev nous explique la femme russe de son époque. Le jeu est fluide et le spectateur ne rate rien d’une langue qui pourrait pourtant être un peu difficile, ne serait-ce qu’à cause des nombreux noms que déplie la tradition russe pour chacun. La pièce est allégée de trois personnages sans qu’il y paraisse. Les moments comiques se glissent parmi les sentiments tourmentés. Cette version d’Un mois à la campagne garde la légèreté de ces quelques jours de vacances, malgré le drame amoureux qui arrive comme un orage, crève et lave le ciel.

B. F-C

Photos: Alain Corbou

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