Vu du balcon… Amphitryon

Molière – Guy-Pierre Couleau

Amphitryon©André Muller1

Entre Ciel et Terre , Amphitryon est un spectacle magique ! Amphitryon, c’est le mythe grec réécrit 80 fois dans l’histoire de la littérature, dont les plus célèbres réécritures après la comédie de Plaute en 187 avant Jésus Christ, restent Les Sosies de Rotrou, tragi- comédie de 1638, Amphitryon de Kleist en 1807, ou encore Amphitryon 38 de Giraudoux créé en 1929.

La version d’Amphitryon de Molière que propose Guy-Pierre Couleau, applaudie ce mois de décembre, a été un succès à de nombreux égards ! Le public, largement partagé entre les amateurs de théâtre et les scolaires venus entendre un Molière moins balayé que celui de L’Avare ou de Tartuffe, a été bluffé par la langue fluide du texte en vers libres (octosyllabes, décasyllabes et alexandrins) qui coule grâce au travail des comédiens. C’est drôle, accessible : la gestuelle, le comique, tout y est ! Et Sosie (Luc-Antoine Diquéro) est particulièrement remarquable ! La scénographie de Delphine Brouard développe l’opposition Ciel / Terre par une installation de tréteaux au plus près d’un cosmos gigantesque, poétique, représenté par des planètes, anneaux, sphères suspendus. Oui, on retrouve le siècle de Molière : les tréteaux de la scène, les bougies allumées par Sosie en bordure de plateau, les intermèdes musicaux marquant les actes, le théâtre à machine quand Mercure (François Kergoulay) se balance dans le ciel lors de son dialogue inaugural avec la Nuit magnifique, belle et sombre (Jessica Vedel). Le public a beaucoup ri et apprécié le formidable couple de valets Sosie / Cléanthis (Isabelle Cagnat). On s’est ému devant la sensuelle Alcmène (Clémentine Verdier), on a ragé de l’injustice faite à Amphitryon (François Rabette) par un Jupiter (Nils Ohlund) plein de désir, de drôlerie, qui réintègre sa hauteur de dieu à la fin de la pièce en roulant les –r- comme jouaient les acteurs des siècles précédents.Amphitryon©André Muller2Amphitryon nous ramène à la lutte perdue d’avance de l’humain face au divin, du valet face au maître, du petit devant le grand, grâce à une mise en abyme, une fable des rapports de pouvoir. Le trouble vient du dédoublement face à un autre soi qui est un étranger. L’usurpation de son être engage une interrogation profonde : qui suis-je ? C’est l’histoire du vol le plus intime : l’apparence et la femme aimée. L’usurpation d’identité se fonde sur la ressemblance des comédiens et la symétrie des costumes alors que dans la captation (extraits diffusés sur le site du théâtre ou d’autres supports) le physique des

acteurs tranche radicalement (blanc / noir pour Sosie, blond / brun pour Amphitryon). Guy-Pierre Couleau a donc travaillé sur plusieurs axes. Il propose ici un spectacle de grande qualité et une distribution remarquable car égale dans l’excellence du jeu.
On a longtemps applaudi cette réincarnation du mythe d’Amphitryon, l’écriture de Molière et le talent des comédiens !

B. F-C

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