Retour sur un spectacle: « La Ménagerie de verre »

Theatre de la Colline 2015-16
"La Ménagerie de Verre" Tennessee Williams
mise en scène et scénographie
Daniel Jeanneteau

Billet d’humeur écrit par Emma Robion, élève de Terminale L au Lycée Saint-Paul-Angoulême.

La ménagerie de verre est une œuvre de Tennessee Williams. Elle narre l’histoire d’une famille au plus profond de ses sentiments, de ses conflits, des joies et des peines qui la traversent. Le fils, Tom, qui ne rêve que de cinéma, doit travailler en usine pour nourrir les siens. La fille, Laura, un peu handicapée, vit recluse dans la solitude d’une timidité maladive. Amanda, la mère fantasque, autoritaire, n’a qu’une obsession : trouver un galant à sa fille. Pour mettre en scène cette pièce, Daniel Jeanneteau déploie un décor onirique qui crée une atmosphère où les souvenirs, le rêve et les cauchemars s’entremêlent. De hauts voilages de tulle entourent le plateau recouvert d’un matelas ouaté sur lequel les acteurs, parmi lesquels Dominique Reymond, qui incarne la mère, marchent comme en apesanteur.

Tout d’abord, j’aimerais mettre l’accent sur le jeu des comédiens. J’ai particulièrement apprécié leur phrasé, leur diction, ainsi que le travail sur leur voix. La voix hésitante et bégayante de Laura remplace la claudication dont elle est affectée dans la pièce originale ; cette voix peu assurée montre les blessures intérieures et l’enferme dans son monde de verre. De son côté, le ton énervé de Tom traduit au contraire, sa colère rentrée, son renfermement et sa révolte qui n’aboutit pas puisqu’il n’arrive jamais à quitter les siens. Enfin, le jeu de Dominique Reymond fait exploser la folie du personnage, sa puissance malsaine castratrice, ainsi que son emprise. De plus, la voix rauque de l’actrice nous renvoie à sa beauté passée. Les comédiens semblent plonger au fond d’eux-mêmes pour composer chacun leur personnage, ce qui me fait penser aux techniques de l’Actor’s studio que j’admire.

De plus, le jeu avec la lumière dessine deux espaces. L’avant-scène, où Tom le narrateur s’adresse directement au spectateur, et la scène proprement dite avec le voile exposé en pleine lumière avec des couleurs chaudes, ocres, beiges qui rappellent de vieilles photographies. Le choix audacieux d’un tel décor, par le metteur en scène avec l’utilisation du voile appelle à de nombreuses interprétations. Tout d’abord, il pourrait nous faire penser à une moustiquaire rappelant la moiteur étouffante de cette partie des Etats-Unis qu’on appelle le « Deep South ». Ensuite ce voile pourrait représenter la prison morale dans laquelle sont enfermés les personnages. Tom s’en échappe pour parler aux spectateurs, sur l’avant-scène. Laura s’évade momentanément en allant jouer avec sa ménagerie de verre qui se trouve aussi sur l’avant-scène. Les personnages cependant finissent par toujours réintégrer leur cellule de tulle. Enfin, le voile nous ramène au voile du souvenir, notamment lorsque le portrait du père disparu est projeté tel un souvenir flottant sur la tête des personnages.

Finalement, le fait que l’acteur joue derrière un rideau, n’est pas chose classique. C’est un parti-pris audacieux, peut-être gênant pour le public, mais avec une grande portée symbolique qui amène la réflexion.

Emma ROBION

 

Photos: Elisabeth Carecchio

 

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